Séminaire : Histoire de la dissuasion nucléaire

seminairenucleaire

Ecole normale supérieure
29 rue d’Ulm, salle 235 A

Format

Ce séminaire se déroulera sur l’ensemble de l’année, d’octobre  à juin, sous la forme de dix séances de trois heures, à raison d’une par mois, le mercredi soir de 17h à 20h. Il sera organisé en deux semestres : le premier semestre aura pour but d’offrir un panorama général de l’histoire de la dissuasion nucléaire, de 1945 à nos jours ; le second privilégiera davantage une démarche de recherche, centrée sur l’histoire de la dissuasion nucléaire française ; lors de chaque séance « recherche », un thème particulièrement novateur sera proposé et bénéficiera de l’apport essentiel de grands témoins, dans une démarche d’histoire orale. Chaque séance est ouverte aux étudiants de l’ENS ainsi que d’autres Universités et permettra un regard croisé grâce à l’accueil de grands témoins et de spécialistes reconnus de ces questions. Il sera animé conjointement par Frédéric Gloriant (Paris III – Sorbonne Nouvelle / ICEE), Dominique Mongin (INALCO) et Nicolas Roche (Ecole normale supérieure)

Présentation générale

Dans un monde dont une partie importante se re-nucléarise (en Russie ou Asie par exemple), et où par ailleurs l’Europe a largement perdu sa grammaire nucléaire, il est utile de jeter un regard historique sur un certain nombre de débats et d’événements à caractère nucléaire de notre histoire contemporaine, et d’éclairer ainsi différemment des questions de politique étrangère et de sécurité actuelles. L’objectif de ce séminaire de recherche sera de relancer les études historiques dans ce champ particulier, sur le modèle de ce que le GREFHAN (Groupe d’études français d’histoire de l’armement nucléaire) avait entamé il y a trente ans, ou des projets de recherche que soutiennent plusieurs universités américaines actuelles. Il s’organisera au premier semestre autour de cinq cours de trois heures, à raison d’un par mois, puis au deuxième semestre de cinq ateliers de recherche associant étudiants et jeunes chercheurs, chercheurs confirmés, professeurs français des universités intéressés et grands acteurs ou témoins de l’histoire nucléaire. L’objectif est de promouvoir l’histoire de la dissuasion nucléaire, dans ses dimensions stratégiques, militaires, politiques et administratives .

Déroulé et programme

Premier semestre : Panorama historique sur la dissuasion nucléaire, de 1945 à nos jours

Séance n°1 : mercredi 5 octobre 2016 – La genèse de l’âge nucléaire militaire : les découvertes fondatrices ; de Tube Alloys au Manhattan project ; Hiroshima et Nagasaki ; l’apparition du concept de « dissuasion ».
Compte-rendu de la séance et extrait du rapport d’activité du CEA 1946-1950

Séance n°2 : mercredi 26 octobre 2016 – Des débuts de la guerre froide jusqu’à la quête inachevée de parité stratégique soviéto-américaine : le rôle attribué aux armes nucléaires au début de la Guerre froide (1945/57), dans ses dimensions stratégique et tactique ; l’Europe confrontée à la quête inachevée de la parité stratégique soviéto-américaine, de 1957 au début des années 1970 : les dilemmes de l’OTAN, entre partage nucléaire et dangers de la « dissémination », les programmes nucléaires britannique et français, les perspectives d’une « bombe européenne ».
Compte-rendu de la séance et article du New York Times du 22 septembre 1945

Séance n°3 : mercredi 30 novembre 2016 – Les crises nucléaires de la Guerre froide : en Asie, en Europe, en Amérique, et le basculement vers la détente nucléaire et le contrôle des armements (Limited Test Ban Treaty, TNP, accords SALT et START).
Compte-rendu de la séance ; tableau récapitulatif des crises nucléaires ; lettre de Khrouchtchev à JFK 26 octobre 1962

Séance n°4 : Initialement prévue le mercredi 21 décembre 2016, cette séance aura lieu le mercredi 4 janvier 2017, salle Cavaillès, 45 rue d’Ulm – La crise des Euromissiles et la fin de la Guerre froide (fin des années 1970-1991) : la crise de la détente soviéto-américaine ; les divergences transatlantiques face à la « seconde Guerre froide » ; l’Europe, entre les SS20 à l’Est et les pacifistes à l’Ouest ; la fin de la Guerre froide du point de vue nucléaire.
Compte-rendu de la séance

Séance n°5 : mercredi 25 janvier 2017 – Le monde post-Guerre froide, désordre et recomposition (des années 1989/91 à nos jours) : la crise de légitimité de la dissuasion nucléaire en Occident ; le « second âge nucléaire » : un nouvel ordre nucléaire mondial multipolaire (les risques d’une prolifération en cascade au Moyen-Orient, la zone Asie-Pacifique et la montée en puissance chinoise, la « guerre froide » indo-pakistanaise, le rôle du nucléaire dans la stratégie militaire russe et le retour de la question nucléaire en Europe) ; les progrès du désarmement et de la non-prolifération (le désarmement bilatéral/unilatéral, la question des essais et des ZEAN) ; l’avenir de la Simulation.

Semestre 2 : Chantiers relatifs à l’histoire de la dissuasion nucléaire française

Ces cinq séances privilégieront une démarche de recherche, centrée sur l’histoire de la dissuasion nucléaire française grâce à des coups de projecteur sur de grandes thématiques (qui ne prétendent pas à l’exhaustivité)

Séance n°6 : mercredi 22 février 2017 – Introduction du Professeur Maurice Vaïsse sur l’expérience du GREFHAN, suivie par Le rôle des atomiciens français dans la « préhistoire » de la dissuasion nucléaire (1939-1949) : Le rôle des atomiciens français dans la Deuxième Guerre mondiale, et tout particulièrement dans la Résistance, ainsi que leur contribution précoce (dès 1946) aux débuts de la « diplomatie nucléaire » restent méconnus en France ; en s’appuyant sur les archives disponibles, ce récit doit être réhabilité, avec une mise en perspective des recherches menées dans le monde anglo-américain sur la trajectoire personnelle, politique et historique des atomiciens de Manhattan.

Séance n°7 : mercredi 29 mars 2017 – L’émergence de la « force de frappe » française en Europe et au sein de l’Alliance atlantique : La genèse de la « force de frappe » française remonte au milieu des années 1950 ; initialement envisagée dans un cadre OTAN, elle évolue très vite en force indépendante ; un coup de projecteur particulier sera porté aux relations nucléaires de la France avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne et une comparaison sera effectuée avec l’historiographie britannique de la « relation spéciale » nucléaire entre Londres et Washington, très en avance du fait de l’ouverture des archives britanniques portant sur ces questions.

Séance n°8 : mercredi 26 avril 2017 – Le couple franco-allemand et la dissuasion nucléaire depuis 1954 : Depuis les négociations sur l’EURATOM et l’accord tripartite de 1957 entre la France, la RFA et l’Italie, le facteur nucléaire a constamment figuré en arrière-plan de la relation franco-allemande. Au-delà des tentations du SPD d’échanger réunification contre neutralisation, qui inquiétèrent la France, une dissymétrie fondamentale caractérise l’expérience nucléaire des Français et des Allemands pendant la Guerre froide : la « Bombe » devint pour les Français le socle d’une indépendance recouvrée, alors qu’elle renvoyait les Allemands à la douloureuse réalité d’une profonde dépendance stratégique. Il s’agira donc de se demander s’il a existé entre la France et l’Allemagne une incompatibilité nucléaire indépassable.

Séance n°9 : mercredi 31 mai 2017 – L’évolution de la doctrine nucléaire française relative à l’arme nucléaire tactique, de 1963 à 1991 : il s’agira ici de mettre en exergue le rôle attribué aux armes nucléaires tactiques en France à partir du moment où la décision fut prise de s’en doter jusqu’à celle de les transformer en armes « pré-stratégiques » ; cette évolution sera mise en perspective, sur le plan conceptuel, avec les stratégies de « représailles massives » et de « riposte graduée » élaborées aux Etats-Unis.

Séance n°10 : mercredi 28 juin 2017 – La France face à la question de la prolifération nucléaire depuis 1968 : A partir de cas concrets, il s’agira d’étudier le positionnement de la France par rapport aux problèmes de la prolifération à partir de la mise en place du TNP. Puis, on montrera qu’une politique plus complète a été mise en œuvre par la France depuis la fin de la Guerre froide, à la fois dans le domaine de la lutte contre la prolifération et dans celui du désarmement, sans que cela soit forcément clairement intégré dans la conscience collective ; parallèlement, le discours des « désarmeurs » bénéficie d’un large écho médiatique ; une mise en perspective s’impose donc entre ces deux perceptions.

Enfin, en fonction du temps disponible, deux thèmes seront étudiés en 2017, soit à l’occasion d’un colloque, soit dans le cadre du programme 2017/2018.

Contribution française à l’histoire culturelle de la dissuasion nucléaire : il s’agira ici d’adopter une perspective d’histoire culturelle en étudiant : a) les prises de position des « intellectuels » français sur les enjeux nucléaires (Camus, Sartre, Mounier, etc.) ; b) l’arme nucléaire dans la fiction de langue française : roman, SF, BD, cinéma, etc. ; la problématique sera la suivante : existe-t-il un imaginaire nucléaire français spécifique ? si oui, quels en sont les principaux traits et déterminants ? quelle en est l’évolution à travers la Guerre froide, et depuis ?

L’évolution de la doctrine nucléaire stratégique française depuis les débuts  de la Ve République : L’objet de cette thématique est de mettre en exergue les évolutions de la doctrine nucléaire française depuis la mise en œuvre opérationnelle des forces nucléaires françaises ; des évolutions importantes ont eu lieu, liées directement à la personnalité des présidents de la République et du contexte politique international et intérieur, mais aussi aux évolutions technologiques des systèmes d’armes.