Séminaire : Approches sociologiques des armées

Dans un contexte d’exacerbation des politiques sécuritaires et d’une nette transformation (voire d’un brouillage) du rôle des organisations militaires, notamment sur le sol national, ce séminaire propose de redonner sens et place aux armées comme institution du social : institution de la société toute entière et intéressant de ce fait les sciences sociales et politiques toutes entières, et non seulement quelques spécialistes de la question “militaire”. A travers l’étude des armées et des organisations qui leurs sont connexes, c’est toute la société qui se donne à voir dans son rapport au pouvoir, à l’ordre, à la sécurité, à la violence, etc., ce séminaire se donne pour objectif de banaliser scientifiquement l’objet “armées”, tant épistémologiquement que méthodologiquement.

Rarement étudiés de près, les appareils militaires demeurent généralement conçus comme de vastes boîtes noires. Les politologues s’intéressent plus particulièrement à leurs élites ou aux effets de l’emploi de l’appareil militaire par l’autorité politique et plus rarement à leurs mécanismes concrets de fonctionnement interne. De son côté, la sociologie militaire s’est centralisée ses quarante dernières années sur des problématiques de recrutement et de “professionnalisation”, endossant souvent implicitement l’idée que l’institution militaire forme une sorte d’isolat social. Afin de dépasser cette situation, le programme de ce séminaire a été conçu à mi-chemin entre sociologie et science politique, avec pour souci constant de valoriser des recherches mettant en œuvre des enquêtes empiriques “sur le terrain”.

Au travers des différentes séances, il s’agira de discuter des dispositifs empiriques permettant de constituer des matériaux d’enquête exploitables, mais aussi de “départiculariser” et “désexoticiser” l’objet armée et ses composantes connexes, afin d’en réinscrire l’étude dans les problématiques générales et génériques portées par le programme scientifique des sciences sociales et politiques : sociologie des élites, de l’action publique, de l’État, des relations internationales, de la violence, des rapports de domination, des groupes professionnels et du travail, des rapports sociaux de sexes, contrôle moral de la jeunesse, sociologie des mobilisations et des organisations.

Les séances seront articulées autour de la présentation d’enquête empiriques récentes ou en cours, en présence de leurs auteur-rice-s, et l’occasion d’en discuter les partis pris méthodologiques, leurs apports théoriques originaux, leurs limites, et les nouvelles questions qu’elles soulèvent.

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Grégory Daho (Paris 1, CESSP-CRPS)
Angeliki Drongiti (Paris 8, CSU-CRESPPA)
Mathias Thura (INED, IRSEM)

Toutes les séances auront lieu au 59-61, rue Pouchet – 75017 Paris

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Programme des séances (également disponible ici et ici)

Séance 1, vendredi 27 janvier, salle de Conférence / séance double 14h-17h
Jeanne Téboul (Univ. Toulouse Jean-Jaurès, LISST-CAS), La “virilité guerrière”, une forme hégémonique ? Ethnographie des masculinités dans l’armée de terre.
Pinar Selek (Université Sophia Antipolis Nice, URMIS Nice), Service militaire en Turquie : mécanisme clé de la socialisation masculine et de légitimation de la hiérarchie sociale.

Séance 2, mercredi 1 février, salle 124 / 14h-16h
Izadora Xavier (Univ. Paris 8, CRESPPA), Représentations genrées et racisées du maintien de la paix – le cas des Brésiliens dans la MINUSTAH.

Séance 3, mercredi 8 mars, salle 159 / 14h-16h
Matthieu Chillaud (Univ. Montpellier 3), Les études stratégiques en France sous la 5e République. La structuration d’un champ disciplinaire au service d’une politique.

Séance 4, mercredi 19 avril, salle 108 / séance double 14h-17h
Cécile Jouhanneau (Univ. Montpellier 3 – ART-Dev), et Nathalie Duclos (Univ. de Tours – ISP), Surveiller et servir. Les pratiques des gendarmes français en opérations extérieures en ex-Yougoslavie.

Séance 5, mercredi 10 mai, salle 225 / 14h-16h
Alexander Edmonds (Univ. of Edinburgh), The Afterlives of War: Combat Veterans’ Reintegration and Mental health, An Anthropological Approach

Séance 6, mercredi 7 juin, salle 311 / 14h-16h
Alice Pannier (IRSEM), L’étude de la coopération de défense par ceux qui la font : contribution pour les théories des Relations internationales. Le cas franco-britannique.

Pour des raisons de places limitées, vous êtes priés de contacter les organisateurs en avance afin de réserver la vôtre.

Contact: adrongiti@yahoo.fr, gdaho@hotmail.fr, mathias.thura@gmail.com

 

Source photo : Flickr, Chris Isherwood, The Army, 2012