Séminaire « Histoire de la dissuasion nucléaire »

SÉMINAIRE « HISTOIRE DE LA DISSUASION NUCLÉAIRE », ENS – Ulm

Centre interdisciplinaire d’études sur le nucléaire et la stratégie (CIENS)
Enseignants : Frédéric GLORIANT et Dominique MONGIN

Première séance : 19 septembre 2017 à 17h

* Année 2017-2018 *

Présentation du séminaire :

Dans un monde dont une partie importante renforce la place dévolue à l’arme nucléaire (en Russie ou en Asie par exemple), et où par ailleurs l’Europe a largement perdu sa grammaire dans ce domaine, il est utile de jeter un regard historique sur un certain nombre de débats et d’événements à caractère nucléaire de l’époque contemporaine, et d’éclairer ainsi différemment des questions de politique internationale et de sécurité actuelles. L’objectif de ce séminaire est d’aborder l’histoire de la dissuasion nucléaire dans ses dimensions stratégiques, militaires, politiques et administratives. Il a également vocation à relancer les études historiques dans ce champ particulier, sur le modèle de ce que le GREFHAN (Groupe d’études français d’histoire de l’armement nucléaire) avait entamé il y a trois décennies, ou des projets de recherche que soutiennent plusieurs universités américaines, avec en particulier le NPIHP (Nuclear Proliferation International History Project).

 

Format du séminaire :
– quinze séances, sur l’année, le mardi de 17h à 19h, au 29 rue d’Ulm, salle 235B ;
– organisé en deux semestres, indépendants l’un de l’autre :
1. le premier semestre aura pour but, en dix séances hebdomadaires, du 19 septembre
au 28 novembre 2017, d’offrir un panorama général de l’histoire de la dissuasion
nucléaire, de 1945 à nos jours (6 crédits ECTS) (1) ;
2. le second semestre privilégiera davantage une démarche de recherche, centrée sur
l’histoire de la dissuasion nucléaire française grâce à des coups de projecteur sur
certains grands thèmes (sans prétendre à l’exhaustivité) ; lors de chacune des cinq
séances « recherche », organisées sur un rythme mensuel(2), un thème particulièrement
novateur sera proposé et bénéficiera de l’apport essentiel de grands témoins (3 crédits
ECTS) ;
– chaque séance est ouverte à tout étudiant intéressé (ENS, INALCO, Paris I ou autre), ainsi
qu’aux chercheurs, et permettra un regard croisé grâce à l’accueil de grands témoins et de
spécialistes reconnus de ces questions.

Organisation :
– contacts des enseignants : frederic.gloriant@ens.fr ; dominiquemonginfr@yahoo.fr
– veuillez nous laisser, sur la feuille d’émargement, une adresse email personnelle que vous
consultez régulièrement ; nous enverrons par ce biais des documents, articles, références,
en complément du cours.
(1) Le nombre d’ECTS ici indiqué concerne uniquement les élèves de l’ENS. Pour les étudiants de l’INALCO et
des autres universités, le système est différent et dépend de la maquette des enseignements de tel ou tel cursus.

(2) Les dates des séances du second semestre seront précisées ultérieurement.

Modalités de l’évaluation :
Les deux semestres de ce cours-séminaire sont indépendants l’un de l’autre, à la fois en ce qui
concerne leur contenu et l’évaluation. Le semestre 1 permet l’obtention de 6 crédits ECTS, le
semestre 2, 3 crédits ECTS (chiffres valables pour les élèves de l’ENS).

Pour le semestre 1 :
Ø La présence régulière au cours est requise : l’absence non justifiée à plus de deux
séances entraînera la non-validation.
Ø La note moyenne sur 20 qui conditionne l’obtention des crédits ECTS attribuée à chaque
étudiant sera calculée à partir de deux notes qui compteront chacune pour moitié :

1. il s’agira tout d’abord de préparer, pour telle ou telle séance, un court exposé (deux
pages maximum), à partir d’un article ou d’un chapitre d’ouvrage, en rapport
avec le thème abordé ;
– l’article ou le chapitre d’ouvrage (d’une longueur de 20 à 50 pages) pourra être
soit celui proposé par les enseignants dans une liste distribuée lors du premier
cours, soit un article choisi par l’étudiant, en concertation avec les enseignants
(pour les étudiants de l’INALCO : le choix d’un article universitaire pertinent et
écrit dans votre langue de spécialité sera tout à fait bienvenu et valorisé) ;
– chaque étudiant devra rendre un support écrit de deux pages maximum ;
– un ou deux étudiants pourront intervenir en fin de séance, 5 à 10 minutes, pour
présenter leur travail.

2. en fin de semestre, il sera demandé aux étudiants, dans un exercice de mise en
situation, de rédiger une note opérationnelle à l’attention d’un décideur
politique. Cet exercice exigera bien entendu un travail de préparation en amont
(recherche documentaire, lecture, apprentissage des contraintes formelles pour la
rédaction d’une note), dont les enseignants tiendront compte en évaluant le travail
final – un éclairage méthodologique sur cet exercice aura été apporté au préalable.

Premier semestre : Panorama historique sur la dissuasion nucléaire, de 1945 à nos jours
I. La genèse de l’âge nucléaire militaire
A. Les découvertes fondatrices
B. Le nucléaire, un enjeu stratégique pour la France durant la Seconde guerre
mondiale
C. Du MAUD Committee à Tube Alloys
D. Le Manhattan Project
II. D’Hiroshima à l’émergence du concept de « dissuasion »
A. Hiroshima et Nagasaki
B. L’apparition du concept de « dissuasion »
III. Les débuts de la guerre froide (1945-1957) : quel rôle pour l’arme nucléaire ?
A. Le débat onusien sur le désarmement
B. L’émergence du programme nucléaire soviétique
C. Le rôle attribué aux armes nucléaires au début de la guerre froide (1945-1957)
§ L’impact des premières crises : blocus de Berlin et guerre de Corée
§ Développement des arsenaux et évolution des stratégies
IV. L’Europe de l’Ouest face au spectre de la parité stratégique soviéto-américaine (1957-
1963)
A. Le « spectre de la parité » : perceptions et réalité
B. La diplomatie nucléaire agressive de Khrouchtchev
C. les dilemmes de l’Alliance atlantique
D. les programmes nucléaires britannique et français et les perspectives d’une
« bombe européenne »
E. L’administration Kennedy et le « règlement européen » de 1963
V. Retour sur les crises nucléaires
A. Typologie des crises nucléaires
B. La seconde crise de Berlin (1958-1963)
VI. La crise des missiles de Cuba, moment paroxystique de la guerre froide (octobre
1962)
A. Les origines de la crise
B. Khrouchtchev décide de nucléariser Cuba
C. Les grandes phases de la crise
D. Cuba, débats et interprétations
VII. Émergence, apogée et détérioration du dialogue stratégique soviéto-américain (1963-
1979)
A. Les débuts du dialogue stratégique soviéto-américain et l’émergence d’un ordre
nucléaire mondial autour de l’Arms Control
B. La poursuite de la course aux armements
C. L’apogée de la détente soviéto-américaine : traité ABM et accord SALT-I
D. La posture nucléaire originale de la France
E. L’entrée en crise du dialogue nucléaire soviéto-américain (échec de SALT-II)
VIII. La crise des Euromissiles (1979-1987) et la fin de la guerre froide (1987-1991)
A. La Nouvelle guerre froide
B. La crise des Euromissiles et le Traité FNI
IX. Le monde post-guerre froide : une crise de légitimité du nucléaire de défense ?
A. Une crise de légitimité de la dissuasion nucléaire en Occident ?
B. Le « second âge nucléaire »
C. Les facteurs de recomposition
D. Les progrès du désarmement et de la non-prolifération
§ Le désarmement unilatéral/bilatéral
§ La question des essais et des ZEAN
X. Le monde post-guerre froide : désordre et recomposition
A. Les risques d’une prolifération en cascade au Moyen-Orient
B. La zone Asie-Pacifique : la montée en puissance chinoise ; le cas nord-coréen
C. La « guerre froide » indo-pakistanaise
D. La stratégie militaire russe et le retour de la question nucléaire en Europe

 

Bibliographie indicative du premier semestre
John BAYLIS, Ambiguity and deterrence – British nuclear strategy – 1945-1969, Clarendon Press Oxford, 1995
Barton BERNSTEIN, ‘Understanding the Atomic Bomb and the Japanese Surrender: Missed Opportunities,
Little-Known Near Disasters, and Modern Memory’, Diplomatic History, 19, 1995
Frédéric BOZO, Deux stratégies pour l’Europe : De Gaulle, les États-Unis et l’Alliance atlantique, 1958-1969,
Paris, Plon, 1996.
McGeorge BUNDY, Danger and Survival : Choices about the Bomb in the First Fifty Years, New York,
Random house, 1988
William BURR et David A. ROSENBERG : “Nuclear Competition in an Era of Stalemate, 1963-1975”, in
Westad, Odd Arne et Leffler, Melvin (éd.), The Cambridge History of the Cold War, vol. 2, Cambridge
University Press, 2010, p. 88-111
Thérèse DELPECH, La dissuasion nucléaire au XXIème siècle – Comment aborder une nouvelle ère de piraterie
stratégique, éd. Odile Jacob, 2013
Marcel DUVAL et Dominique MONGIN, Histoire des forces nucléaires françaises depuis 1945, Paris, PUF,
coll. Que sais-je ?, 1993.
Lawrence FREEDMAN, The Evolution of Nuclear Strategy (3e éd.), Palgrave-Macmillan, 2003
Aleksandr A. FURSENKO et Timothy NAFTALI, One Hell of a Gamble : Khrushchev, Castro, and Kennedy,
1958-1964, éd. W. W. Norton, New York, 1997
Frédéric GLORIANT, ‘La force de frappe e l’eccezione francese’, I quaderni speciali di Limes : A qualcuno
piace atomica, vol. 4, n° 2, juin 2012, p. 95-104.
Bertrand GOLDSCHMIDT, Les rivalités atomiques 1939-1966, éd. Fayard, 1967
James G. HERSHBERG : “The Cuban Missile Crisis”, in Westad, Odd Arne et Leffler, Melvin (éd.), The
Cambridge History of the Cold War, vol. 2, Cambridge University Press, 2010
David HOLLOWAY, “Nuclear Weapons and the Escalation of the Cold War, 1945-1962,” in Westad, Odd
Arne et Leffler, Melvin (éd.), The Cambridge History of the Cold War, vol. 1, Cambridge University
Press, 2010
Georges LE GUELTE, Les armes nucléaires – Mythes et réalités (préface de Michel Rocard), éd. Actes Sud,
2009.
Vojtech MASTNY, Sven G. HOLTSMARK et Andreas WENGER, War Plans and Alliances in the Cold War:
Threat Perceptions in the East and West, Londres, Routledge, 2006
Wilson MISCAMBLE, The Most Controversial Decision: Truman, the Atomic Bomb, and the Defeat of Japan,
Cambridge, 2011
Dominique MONGIN, La bombe atomique française 1945-1958, éd. Bruylant-LGDJ, 1997
Nicolas ROCHE, Pourquoi la dissuasion, Paris, PUF, 2017
Jean-Christophe ROMER, La guerre nucléaire de Staline à Khrouchtchev – Essai sur la constitution d’une
culture stratégique en URSS (1945-1965), Publications de la Sorbonne, 1991.
David Alan ROSENBERG, “The Origins of Overkill: Nuclear Weapons and American Strategy, 1945-1960”,
International Security, vol. 7.4, 1983, p. 3-71.
George-Henri SOUTOU, La guerre de cinquante ans, éd. Fayard, 2001.
Marc TRACHTENBERG, A Constructed Peace: The Making of the European Settlement, 1945-1963,
Princeton University Press, 1999.
Bruno TERTRAIS, Atlas mondial du nucléaire – civil et militaire, éd. Autrement, 2011
Bruno TERTRAIS, La France et la dissuasion nucléaire : concept, moyens, avenir (2e éd.), Paris,
Documentation française, 2017
Maurice VAISSE (sous la direction de), La France et l’atome – Etudes d’histoire nucléaire, éd. Bruylant, 1994

 

Second semestre :
Chantiers de recherche relatifs à l’histoire de la dissuasion nucléaire française
– programme indicatif, susceptible d’évoluer –
[pour rappel : ces séances seront organisées sur une base mensuelle, de janvier à juin 2018 ;
les dates seront précisées ultérieurement]

I. La France, l’Allemagne, les Européens et la question d’une force de dissuasion
« européenne »
II. La France et la crise des Euromissiles

III. Un programme pionnier français : la Simulation
IV. L’évolution de la doctrine nucléaire stratégique française depuis les débuts de la
Vème République
V. Contribution française à l’histoire culturelle de la dissuasion nucléaire