Les conséquences sociales, politiques, diplomatiques et militaires de la menace terroriste qui pèse sur la France méritent que le pays le plus frappé d’Europe bénéficie d’un débat scientifique dont la qualité et l’exigence seraient à la hauteur du défi lancé par les mouvements jihadistes.

De multiples champs restent à explorer, et de nombreux travaux universitaires, réalisés en France comme ailleurs, nécessitent d’être mis en avant pour le profit à la fois du public, des responsables administratifs et des décideurs politiques. Ils doivent également être connectés aux travaux effectués au sein des administrations régaliennes, y compris les services de renseignement, de sécurité ou de secours, et des forces armées, et ne jamais être déconnectés d’une réalité complexe et changeante. De cette mise en commun de ces connaissances, de ces expériences et de ces pratiques peut naître une compréhension affinée du phénomène jihadiste et ainsi être pensés de futurs axes d’efforts.

De nombreux sujets ont déjà été identifiés, et couvrent un spectre très large, allant de l’étude des modes opératoires (Qui fait quoi, comment, avec quels moyens et dans quel but ?) à, par exemple, celui, moins opérationnel, des noms des groupes (Que nous apprend la façon dont les mouvements se baptisent ? Quelles sont leurs références ? L’image qu’ils ont d’eux-mêmes ?). Dans un autre domaine, le processus de radicalisation mérite plus que jamais d’être étudié, tout comme la logique organisationnelle des réseaux terroristes, les évolutions éventuellement nécessaires des services de l’Etat ou les caractéristiques des opérations, clandestines ou militaires, conduites contre les groupes.

Il s’agit, également, de contextualiser la menace terroriste, de lui trouver des racines, des ressorts, et des logiques. Il s’agit de la relier à d’autres phénomènes, nationaux et internationaux, afin de tenter de lui donner un sens. Est-elle une conséquence ? Un symptôme ? Faut-il l’étudier isolément ou comme la part mouvante d’un tout ?

Ces sujets, qui tous font appel à différents champs disciplinaires – et qui, pour certains d’entre eux, seraient traités avec d’autres sections d’AEGES –  doivent être étudiés afin de nourrir une réflexion universitaire contribuant à l’émergence d’une pensée nouvelle capable de répondre aux enjeux. Ces efforts de synthèse, de mise en lumière mais également de recherche, passeront par l’organisation de colloques et de séminaires ouverts, mais aussi la publication d’éditoriaux, d’articles et de recensions que des médias (grands quotidiens ou sites plus spécialisés) pourront relayer. Cet effort devra s’appuyer sur une structuration du corpus de travaux français et internationaux identifiant les différents types de productions (académiques, institutionnels, littérature grise), les centres de production (Universitaires, institutionnels, think tank) ainsi que les relaies de publication (revues académiques, collections, presse généraliste et spécialisée), afin de fournir au public intéressé une plateforme d’orientation dans une littérature de plus en plus abondante.

La section aura pour objectif de contribuer à la définition d’un « jeux d’hypothèses » nationales quant à la ‘culture’ française de compréhension du phénomène et des réponses qui y sont apportées. Une perspective comparatiste entre situations nationales sera également empruntée pour produire une compréhension plus large des mouvements terroristes et des politiques contre-terroristes. La nature du phénomène et ses implications locales, nationales, régionales et internationales, nécessitera l’invitation d’experts reconnus, dans une perspective interdisciplinaire cohérente avec la raison d’être de l’AEGES.

Responsables de section

Yves Trotignon

Photo Yves Trotignon (1)

Yves Trotignon est un ancien cadre du ministère de la Défense, ancien diplomate, analyste sénior dans un cabinet d’intelligence stratégique, enseignant à Sciences Po.

Benjamin Oudet

Benjamin Oudet est doctorant contractuel en Science politique à l’Université de Poitiers. Ses recherches portent sur les problématiques du renseignement contemporain et il travaille particulièrement sur les coopérations internationales en matière de renseignement dans le cadre de sa recherche doctorale. Il anime la section Renseignement au sein de l’AEGES et a assuré avec Olivier Chopin le cours Strategic Intelligence au sein du Collège Universitaire de Sciences Po. Il a publié avec Olivier Chopin Renseignement et Sécurité (Armand Colin, Cursus, 2016). Diplômé de Paris I Panthéon-Sorbonne, il a été primé par l’IHEDN (janvier 2015) pour son mémoire sur la raison d’Etat dans la démocratie autour du problème des drones armés.

Contact : benjamin.oudet (@) univ-poitiers.fr