Présentation :

Ce pôle thématique entend contribuer à structurer une recherche universitaire et interdisciplinaire sur le nucléaire militaire en France. Rassemblant des chercheuses et chercheurs jeunes ou plus expérimentés, il ambitionne d’explorer les stratégies atomiques à partir de deux études de cas : le renouveau de la limitation des dommages dans les débats stratégiques américains (axe 1) et l’avenir de la doctrine française à l’heure de sa possible européanisation (axe 2). Alors que les savoirs nucléaires évoluent entre légitimité retrouvée et faiblesses persistantes, il importe de renforcer le dialogue académique sur ceux-ci. L’activité du pôle nucléaire se concentre autour de l’organisation d’un workshop régulier durant lequel chacun·e peut débattre en toute indépendance autour d’un article ou d’un témoignage pratique. À partir de ce cheminement collectif, le pôle souhaite ouvrir ce débat essentiel à un public plus large (tables rondes, publications collectives).

Description détaillée :

Le pôle sur les stratégies nucléaires souhaite aborder cette thématique au travers de deux études de cas. Il s’agit à chaque fois d’étudier les options stratégiques disponibles aujourd’hui, mais également les répercussions des choix effectués dans un contexte diplomatico-stratégique fragilisé. En effet, la situation actuelle, marquée notamment par l’hétérogénéité croissante du système international, l’accélération des évolutions technologiques et la contestation des principaux accords de maîtrise des armements, soulève de multiples interrogations quant à l’avenir des postures nucléaires.

Le premier axe s’intéresse à la stratégie de limitation des dommages. Celle-ci recouvre la combinaison de moyens offensifs (dits de contre-force) et de moyens défensifs pour limiter au maximum les effets d’une attaque nucléaire. Poussée à son extrême, cette stratégie vise à permettre à un État d’échapper à toute destruction. Dans la continuité d’une tradition plus ancienne, les États-Unis réinvestissent aujourd’hui cette stratégie dans le cadre de leur nouvelle vision « englobante » des défenses anti-missiles, combinant actions « left-of launch » (avant le lancement) et « right of launch » (après le lancement). Plusieurs questions méritent d’être abordées à l’heure de la modernisation des arsenaux, du cyber et du questionnement sur les conséquences humanitaires du nucléaire.

Le second axe porte sur la stratégie nucléaire française à l’heure de sa possible européanisation. Alors que l’Europe fait face à une menace renouvelée à ses frontières immédiates, elle se retrouve parallèlement confrontée au risque d’un désengagement des États-Unis, désormais exacerbé par l’illibéralisation en cours de la démocratie américaine. Si l’arme nucléaire a de facto joué un rôle central dans la défense de l’Europe depuis le début de la Guerre froide, ce nouveau contexte international rebat les cartes de l’architecture de sécurité continentale. Il interroge le rôle de la dissuasion nucléaire, et notamment celui de la dissuasion française, dans le futur de la défense européenne. Ces questions sont abordées dans une perspective transatlantique en explorant le futur de la présence américaine en Europe, mais également à partir de problématiques propres au continent notamment le renforcement de la coopération franco-britannique, le futur de la défense communautaire ou encore la possibilité d’une prolifération horizontale comme alternative à la dissuasion étendue.

Le cheminement collectif mené autour de ces deux axes de recherche s’articule autour de workshops réguliers. Ceux-ci offrent un cadre de discussion privilégié, réunissant les membres du pôle dans un format scientifique resserré. Concrètement, ces séances reposent sur la mise en débat d’un travail produit par l’un d’entre nous ou bien d’un article de référence sur ses thématiques. Ces sessions de réflexion peuvent aussi accueillir des acteurs extérieurs au pôle, notamment des chercheurs indépendants ou étrangers ainsi que des praticiens et praticiennes invitées comme grands témoins autour d’un format d’échange adéquat, le séminaire se plaçant exceptionnellement sous la règle de Chatham House.

À partir de cet effort de discussion et de problématisation, les principales questions de recherche soulevées pourront être approfondies dans durant une seconde phase de discussion publique des travaux, que cela soit pendant une journée d’études ou lors du prochain congrès de l’association. Cette phase de communication devrait également être complétée par la préparation d’une publication collective.

Les responsables du pôle

Frédéric Gloriant, maître de conférences en histoire contemporaine, directeur du Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques (CIENS) à l’ENS, frederic.gloriant@ens.psl.eu

Yannick Pincé, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris Sorbonne Nouvelle, yannick.pince@gmail.com

Gabriel Pourre, doctorant en science politique au CERI, gabriel.pourre@sciencespo.fr

Mathéo Schwartz, doctorant en science politique à l’université Lyon III, matheo.schwartz1@univ-lyon3.fr