Résultats du prix du mémoire 2025 de Master 2 de l’AEGES

Le Jury du prix du mémoire de Master 2 de l’AEGES, présidé par la professeure Julie Saada, vient de rendre son verdict. Il a attribué le prix du meilleur mémoire à Alex Kintz, pour son mémoire intitulé « L’école Supérieure de Guerre (1871-1914). Histoire d’une institution militaire au coeur de la Troisième République ». Deux mentions spéciales ont été attribuées, à Thomas Barison, pour son mémoire « Mettre fin aux essais nucléaires pour endiguer la prolifération. La France, la Chine et le Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires dans l’après-guerre froide (1992-2023) », ainsi qu’à Julie Chailan, pour son travail intitulé « L’ours, le bison et le bouton rouge… Le rôle de la Biélorussie dans la doctrine et la posture nucléaires russes de 1991 à nos jours sur le cas des armes nucléaires tactiques ».

La remise des prix a eu lieu lors d’une cérémonie organisée à Sciences Po, le 18 juin 2026.

Lauréat : Alex Kintz, « L’école Supérieure de Guerre (1871-1914). Histoire d’une institution militaire au coeur de la Troisième République »

Résumé du mémoire : Fille de « l’Année terrible », l’École Supérieure de Guerre s’inscrit dans le vaste mouvement de refondation de l’armée française, dont elle constitue à la fois un produit et un révélateur. À partir de l’étude de textes juridiques, de débats parlementaires, de documents de presse et des états de services des généraux l’ayant commandé, ce mémoire met en lumière les conditions très conflictuelles de sa genèse, des figures méconnues et les liens profonds qui lient cette institution militaire au pouvoir politique. Loin d’une création linéaire, l’École Supérieure de Guerre se construit dans la tension entre impératif de réforme et résistance du corps d’état-major qui voit son rang et ses privilèges menacés. Son affirmation au cours des années 1884-1890 est alors le résultat de l’action de généraux commandants en partenariat avec le ministère de la Guerre. L’École prospère (1890-1894), mais cette dynamique est fragilisée par les crises du tournant du siècle (affaire Dreyfus, affaire des fiches), durant laquelle elle subit des purges et se raidit face au pouvoir politique. Mais à partir de 1905, l’institution connaît un renouveau, par une campagne médiatique inédite, par l’action du général Foch (1908-1911) et par des réformes structurelles (1910). Elle trouve alors enfin sa place dans les structures de formation de l’armée française. À la veille de 1914, l’École Supérieure de Guerre n’a certes pas produit une doctrine, mais elle a façonné une élite bien formée à la rigueur intellectuelle et à l’exercice du commandement.

Biographie : Après une licence d’histoire à l’Université de Lorraine, Alexandre Kintz a mené une recherche de Master 1, sous la co-direction du Professeur François Audigier et du Professeur Julie d’Andurain, sur la politique de défense de la France après les décolonisations, selon le point de vue de la commission parlementaire en charge de ces questions (Le rôle de la commission de la défense nationale et des forces armées dans la politique de défense française après les décolonisations (1962-1964). Son mémoire de Master 2, en phase avec le programme ARES sur les élites des écoles militaires fondé par le Professeur Julie d’Andurain, s’intitule L’École Supérieure de Guerre (1871-1914). Histoire d’une institution militaire au coeur de la Troisième République.
Il a publié une recension sur l’ouvrage collectif faisant la première histoire du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale dans la revue Guerres mondiales et conflits contemporains (« Guillaume Denglos et Philippe Vial (dir.), Au coeur de l’État. Une histoire du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (XIXe–XXIe siècles) », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2024, vol. 4, n°296, pages 165-166).
Il prépare, cette année le concours du CAPES externe (niveau Bac+5) d’Histoire et Géographie, après quoi il projette de poursuivre ses recherches sur l’École Supérieure de Guerre et les officiers qui y sont formés, en doctorat, dans une perspective plus prosopographique, pour mieux comprendre la formation, les réseaux, ainsi que les liens culturels, sociaux et mentaux qui unissent une catégorie d’officiers de la IIIe République encore méconnue.

Mention spéciale : Thomas Barison, « Mettre fin aux essais nucléaires pour endiguer la prolifération. La France, la Chine et le Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires dans l’après-guerre froide (1992-2023) »

Résumé du mémoire : Le mémoire analyse comment la France et la Chine – deux puissances nucléaires moyennes, longtemps réticentes à toute maîtrise multilatérale des armements – ont progressivement rejoint puis influencé le régime international de non‑prolifération, en particulier autour du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) entre 1992 et 2023.

L’étude montre d’abord que, durant la guerre froide, Paris et Pékin ont refusé les principaux instruments de contrôle (PTBT, TNP), afin de poursuivre librement leurs programmes et rattraper leur retard stratégique. La fin du duopole américano‑soviétique change la donne : la prolifération horizontale (Irak, Corée du Nord, Pakistan) devient la menace centrale, poussant les deux États à s’inscrire – avec prudence – dans un cadre multilatéral destiné à stabiliser l’ordre nucléaire.

Le cœur du mémoire porte sur l’ultime campagne d’essais français (1995), replacée dans un contexte global : contestation mondiale, tensions diplomatiques en Asie‑Pacifique, et négociations simultanées sur la reconduction du TNP et l’adoption du TICE. La France et la Chine apparaissent alors comme les deux « contestataires » du régime, poursuivant leurs essais jusqu’en 1996, ce qui alimente les craintes d’une relance de la prolifération régionale.

Enfin, l’auteur montre que l’adoption du TICE en 1996 laisse un sentiment d’inachèvement : absence d’entrée en vigueur, divergences persistantes entre puissances nucléaires, et montée des crises en Asie (Inde‑Pakistan, Corée du Nord, modernisation chinoise). L’échec du multilatéralisme ouvre la voie à des approches régionales ou bilatérales, tandis que la possibilité d’une reprise des essais – notamment en Chine – demeure un enjeu stratégique majeur jusqu’en 2023.

Thomas Barison est diplômé de l’IEP d’Aix‑en‑Provence en géostratégie, défense et sécurité internationale. Il a réalisé un mémoire de recherche sur les essais français et chinois, financé par l’Observatoire de l’Héritage du CEP au CNRS. Ses travaux portent plus largement sur les politiques nucléaires, les relations internationales et les enjeux stratégiques contemporains. Il envisage la poursuite d’une thèse consacrée à l’histoire des essais nucléaires et des armes de destruction massive.

Mention spéciale : Julie Chailan, « L’ours, le bison et le bouton rouge… Le rôle de la Biélorussie dans la doctrine et la posture nucléaires russes de 1991 à nos jours sur le cas des armes nucléaires tactiques »

Résumé du mémoire : Ce mémoire s’attache à étudier la doctrine et la posture nucléaires russes sous un angle encore peu utilisé dans les études nucléaires françaises, c’est-à-dire au prisme de la relation russo-biélorusse et sur le cas des armes nucléaires tactiques. Le point d’ancrage thématique et temporel de ce travail est en effet l’annonce, en 2023, du déploiement d’armes nucléaires tactiques russes en Biélorussie qui semble marquer un retour à la configuration de type « partage nucléaire » qui a uni les deux alliés durant la Guerre Froide. Or ce projet, qui s’intègre plus largement dans toute une dynamique d’intégration militaire entre les deux pays entamée dès la fin des années 1990 mais accélérée avec la réélection d’Aliaksandr Lukashenka à la tête de la Biélorussie en 2020, fait l’objet de fortes incertitudes quant à sa réalisation effective (rien ne prouve que les armes ont effectivement été déplacées en Biélorussie et la question de leur contrôle n’est pas claire). Dès lors, il devient intéressant d’étudier à la fois le caractère de signalement politique de cette annonce mais également son potentiel apport aux stratégies nucléaires de la Russie et de la Biélorussie, notamment en n’oubliant pas que cette dernière est engagée depuis 1993 à demeurer un Etat non-doté de l’arme nucléaire au sens du Traité de non-prolifération des armes nucléaires de 1968 (TNP). La toile de fond d’une relation et d’un héritage nucléaire troubles entre les deux anciennes républiques soviétiques depuis 1991 est particulièrement pertinente pour montrer de quelle façon le sujet du nucléaire tactique devient un moyen, pour la Russie, de renforcer son emprise sur son petit frère historique qui lui aliène une partie de sa souveraineté et de son autonomie et de tenter d’aboutir à une recomposition de l’architecture de sécurité européenne.

Julie Chailan a grandi à Toulon et réside actuellement à Paris. Après un premier cycle d’études supérieures de trois ans en classes préparatoires littéraires (A/L) durant lequel elle se passionne pour l’histoire contemporaine russe, elle intègre le master Relations Internationales co-porté par Sorbonne Université et l’université Paris Panthéon Assas. Sa spécialisation sur les questions de défense lui permet d’allier son intérêt pour le fait nucléaire militaire à son intérêt pour la Russie en soutenant un mémoire de recherche intitulé « L’ours, le bison et le bouton rouge… Le rôle de la Biélorussie dans la doctrine et la posture nucléaires russes de 1991 à nos jours sur le cas des armes nucléaires tactiques » sous la direction du professeur de droit public Nicolas Haupais. Diplômée en septembre 2025, elle travaille actuellement au ministère des Armées.