I. Intérêt scientifique de la section

A la guerre, être « sans foi ni loi » n’est pas la seule maxime d’action qui vaille: tel est le credo porté par l’éthique de la guerre. Son projet est de formuler et interroger les règles morales qui font de celle-ci un « échange réglé de morts » et non un simple « état de violence » (Gros, 2006). C’est donc le lieu privilégié d’investigation des normes, ou des « conduites collectives perçues comme appropriées par les acteurs » (Thomas, 2001). Dans un contexte marqué par les guerres asymétriques, l’éthique de la guerre connaît un renouveau en même temps qu’un affaiblissement. Face aux mutations de l’utilisation de la force, elle est contrainte de se réinventer pour conserver sa pertinence.

La littérature contemporaine sur l’éthique de la guerre est majoritairement anglo-saxonne. En France, ce champ d’études souffre d’un déficit de légitimité. La création d’un GT « éthique de la guerre » au sein de l’AEGES a pour vocation d’y remédier en développant les réflexions sur l’utilisation de la force armée à l’intérieur de l’hexagone.

Le groupe de travail pour ambition de promouvoir une lecture originale de la théorie de la guerre juste, dont il convient de questionner l’hégémonie. Il s’agira d’allier la tradition critique française au corpus normatif anglo-saxon. Plutôt que d’étudier l’éthique de la guerre en questionnant sa cohérence interne sous le seul angle de la logique, la section se propose d’interroger la formation de ces normes en les replaçant dans leur contexte culturel et social. On vise également à analyser comment les acteurs les appliquent et les transforment. Cette approche permet de dépasser les oppositions entre guerre juste, réalisme et pacifisme, en proposant une étude in vivo des normes qui régissent nos conflits armés. Ce programme de recherche se propose d’être un contre-point aux thèses développées dans le monde anglo-saxon, et de renforcer le dialogue entre les différentes traditions composant l’éthique de la guerre.

II. Présentation des activités scientifiques

Les activités scientifiques du GT sont les suivantes :

  • La tenue d’un séminaire bilingue (français/ anglais) est l’activité principale de la section. L’objectif de ce séminaire est double : il constitue d’abord un lieu d’échanges interdisciplinaires. En présentant des travaux de théorie politique, de droit, de philosophie, d’histoire, de relations internationales et de sociologie, le séminaire a pour ambition d’enrichir les travaux de chacun et de permettre une appréhension plus complète des problèmes éthiques posés par l’utilisation de la force armée. Le séminaire vise à mettre en rapport les praticiens et les chercheurs, afin de créer les conditions d’un dialogue constructif entre théorie et pratique. Deuxièmement, le séminaire a pour ambition de faire émerger une nouvelle voix dans le domaine de l’éthique de la guerre, différente du tournant normativisme.

  • L’alimentation du site web de l’AEGES permettra à la section d’accomplir efficacement son rôle de veille scientifique. Le site web recueillera les recensions des ouvrages traitant de l’éthique de la guerre.

  • La création d’un club cinéma permet d’appréhender son rôle dans la diffusion, la formulation et la construction de légitimité pour les règles éthiques. Le succès croissant du cinéma de guerre nourrit le débat public sur les interventions armées et offre le lieu d’une réflexion renouvelée sur ces thématiques.

III. Derniers événements:

Ciné club :
– 6 avril : projection du documentaire Le Monde sous les bombes en présence de
Michel Goya, Fabrice Saliné et Emmanuel Blanchard

Séance jointe IPP/Fac Sem/AEGES :
– 13 novembre : Jennifer Pitts (univ. de Chicago) Boundaries of International law. Law
and Empire, Harvard University Press, 2017
– 13 juin : Tamar Meisels (univ. de Tel Aviv), « Prisonners of war and hostage taking »
– 23 mars : Jean-Vincent Holeindre (univ. de Poitiers), La ruse et la force. Une autre
histoire de la stratégie, Perrin, 2017.
– 3 février : Itamar Mann (univ. de Haifa) Humanity at sea, Maritime Migration and the
Foundations of International Law, Cambridge uni. Press, 2017.
– 15 mars 2018, Michael Walzer (univ. of Princeton), TBA,

IV. Public visé

Le public visé est essentiellement composé de chercheurs travaillant sur ces questions. La section a pour objectif de nourrir la recherche française sur l’éthique de la guerre, qui souffre d’un retard par rapport au monde anglo-saxon. En outre, Sciences Po Paris accepte de fournir les salles du séminaire sous réserve qu’il s’inscrive pour partie dans une perspective universitaire. Toutefois, les discussions de la section ont également vocation à intéresser et à être nourries de l’expérience de militaires, de journalistes, de juristes et de travailleurs humanitaires traitant de ces questions.

 

Suivez les activités du groupe de travail éthique de la guerre sur Facebook : https://www.facebook.com/Section-Ethique-de-la-Guerre-AEGES-1626564647662229/

Responsable de section

Etienne Dignat

Etienne Dignat est doctorant en Théorie Politique au Centre de Recherches Internationales de Sciences Po Paris. Son travail porte sur la philosophie du chantage et le dilemme des otages.

Diplômé du master de langue française de l’École Normale Supérieure de Lyon et du master de Politiques Publiques de Sciences Po Paris, il a effectué des terrains de recherche en Israël (Hebrew University), en Colombie (Universidad de los Andes) et a été chercheur invité au Royaume-Uni (Oxford University) ainsi qu’aux Etats-Unis (Columbia University).

Etienne Dignat enseigne également à Sciences Po Paris (Ethics of war) et à l’Université Paris Panthéon-Assas (Les mutations de la guerre juste ; Éthique des relations internationales).

Etienne Dignat