1. Raison d’Etre :

Notre motivation de proposer un groupe de travail « Guerre et genre » est triple. Premièrement, la variable « genre » représente un outil indispensable pour décrire et comprendre la guerre et la stratégie. Elle nous invite à explorer des thématiques spécifiques, et de nous servir d’approches méthodologiques originaux. Deuxièmement, le genre constitue une thématique transversale/ intersectionnelle par excellence. Une section « Guerre et genre » est donc propice à encourager des travaux et activités entre sections d’AEGES. Troisièmement, la section « Guerre et genre » s’intéresse tout particulièrement aux chercheures dans le domaine guerre et stratégie. La vocation d’une section « Guerre et genre » est d’attirer plus de femmes vers les études de la guerre et de la stratégie et vers l’AEGES, et de proposer au sein de l’AEGES un point d’appui spécifique pour elles.

  1. Axes de la Section :

1) Guerre et genre – un domaine de recherche et d’enseignement dédiée

Notre objectif : ancrer la variable « genre » comme outil indispensable à la compréhension de la guerre, en prônant des approches qui dépasseraient des visions stato-centrées, et qui seraient sensibles à l’aspect de l’intersectionalité. La section « Guerre et genre » se comprend comme pluridisciplinaire (histoire, sociologie, science politique…) et « pluritemporelle » puisant des éclairages et enseignements dans des époques passées et au présent.

Quelques thématiques de recherche qui nous semblent pertinentes :

  • Les rapports entre la guerre et le genre : « fabrication » de normes portant sur le genre et la guerre par les décideurs politiques et militaires, discours/ représentations véhiculées (par exemple, représentations des femmes en guerre, y inclus les fantasmes associés aux femmes combattantes, récits stratégiques sur les femmes dans le champ international…) par les acteurs politiques, militaires mais aussi scientifiques, religieux et culturels, et actions des acteurs sociaux en fonction d’une assignation subie ou d’un sentiment d’appartenance choisi (civils/militaires/genre/classe/race).
  • Les rapports de genre et la structuration de la pensée de la guerre et des rapports internationaux et transnationaux.
  • Le genre comme enjeu stratégique (la place des femmes dans la guerre tout au long de l’histoire, genre et conflits contemporains, agenda « Women, Peace and Security »…).
  • Subjectivités et expériences sensibles, une réflexion portée sur l’expérience vécue de la guerre par les femmes, leurs récits, leurs témoignage, et la « construction d’un horizon féminin de la guerre ».[1]
  • Représentations des femmes dans la guerre, dans les fictions (films, jeu vidéos, livres…), et dans la réalité.
  • La place des femmes dans l’élaboration des stratégies étatiques ayant trait à la sécurité et la défense (diplomatie, renseignement, forces armées…), aujourd’hui et dans le passé.
  • L’impact de la variable « genre » sur la « fabrication » des politiques et pratiques (y inclus des aspects opérationnels dans les conflits armés), et la structuration des institutions politiques et militaires selon les critères genrés.
  • « Guerres saintes » à travers les époques et cultures – des guerres particulières pour la question du genre ?
  • Approches méthodologiques spécifiques transdisciplinaires

Etudes de genre : vers une reconnaissance de leurs contributions dans le domaine de la guerre et de la stratégie

La question de la (difficile) institutionnalisation des études de genre en France, et la  reconnaissance de leurs contributions dans le domaine des études de la guerre constitue  à notre sens un vrai enjeu. Les études de la guerre partagent d’ailleurs ce combat pour la reconnaissance et l’ancrage institutionnel avec les études du genre.

2) Le genre – outil d’analyse et thématique transversale/ intersectionnelle pour l’AEGES

La transdisciplinarité inhérente aux études de genre, mais également à l’étude de la guerre pourrait être le point d’ancrage d’une réflexion originale sur la construction des savoirs en la matière.

Le prisme « genre » permet des conversations avec d’autres sections d’AEGES afin de mettre en relief des aspects thématiques auparavant invisibles. Un échange par le biais des approches féministes dans les relations internationales nouera et nourrira le dialogue notamment avec le groupe de travail « Études critiques sur la paix et sur la guerre ».

3) Chercheur.e en études de guerre et de stratégie

La section « Guerre et genre » s’intéresse aussi au choix des thématiques, et expériences du terrain des femmes et des hommes explorant la guerre et la stratégie. Les enquêtes de terrain consacrées aux rapports entre guerre et genre sont souvent centrées sur le masculin générique ou sur les seules femmes. Pourrait-on concevoir une enquête simultanément centrée sur les hommes et les femmes ?

En ce qui concerne tout particulièrement les chercheuses, quels sont les défis et opportunités dans leurs parcours de carrière qu’elles rencontrent ?

Une réflexion sur les pratiques de recherche qui engagerait un travail sur les conséquences méthodologiques d’une épistémologie critique serait à notre sens primordial. Cela permettrait de construire, au delà d’une section thématique, une véritable communauté de recherche et un vrai foyer d’échanges sur les expériences de recherche, qui pourrait se transformer en réseau de trajectoires de recherche.

  1. Programme de travail des activités scientifiques 2020/21

«’Gendering’ international co-operation and defence policies », intervention dans le cadre du Master 2 « International Co-operation & Defence Policies », SciencesPo Saint-Germain, 22 octobre 2020 (Johanna Möhring, CIENS-ENS)

Évènement au Colloque AEGES « Guerre, paix et innovation » à Grenoble, 3-4 décembre 2020 (tbc): Présentation de la section et des chercheur-e-s participant-e-s et leurs travaux. Camille Boutron et Claude Weber débattront : « Les femmes dans les forces armées – une innovation réussie ? »

Workshop international: « Les approches pédagogiques au genre dans l’éducation militaire » (Camille Boutron, IRSEM, tbc).

Participation au Colloque international organisé par l’Université de Rouen-Normandie et le CÉRÉdI « Fortes de corps, d’âme et d’esprit : récits de vie et construction de modèles féminins du XIVe au XVIIIe siècle », 10-11 juin 2021, avec la communication « Les combattantes des Chroniques de Froissart: des femmes qui résistent, un public résistant » (Clara de Raigniac, Université Paris III ).

Évènement « Femmes et nucléaire » (Johanna Möhring, CIENS-ENS, printemps/ été 2021, tbc).

Epistémologies féministes, recueil de littérature, cartographie/ liens avec les études du genre en France.

  1. Responsables :

Cette section sera animée par un collectif de chercheur.e.s, avec une participation modulable. Deux co-responsables elu e s pour un an représenteront la section, en 2020/2021 Camille Boutron et Johanna Möhring.

Camille Boutron est chercheure à l’IRSEM au sein du domaine « Défense et société ». Docteure en sociologie de l’Institut des Hautes Etudes sur l’Amérique Latine (Université Paris III Sorbonne Nouvelle), ses recherches portent sur les questions de genre en situations de conflit armé, et plus particulièrement sur la place des femmes dans les organisations armées et leur participation aux conflits. Sa thèse portait sur l’expérience combattante des femmes pendant le conflit armé péruvien, sujet sur lequel elle a continué à travailler pendant son post-doctorat au Centre d’Etudes et de Recherches Internationales de l’Université de Montréal. Entre 2012 et 2014, elle a rejoint l’Institut de Recherche sur le Développement en affectation à Lima, où elle a mené des recherches sur les organisations sociales comme ressources de gestion de crise en milieu urbain. Entre 2015 et 2018 elle a été Professeure Assistante au Centre d’Etudes Interdisciplinaires sur le Développement (CIDER) de l’Université de Los Andes à Bogotá, où elle a mené des recherches sur la participation des femmes à la construction de la paix en Colombie. Ses recherches actuelles s’intéressent aux politiques internationales du genre dans le cadre de la paix et de la sécurité internationale, la place des femmes dans les organisations armées, ainsi qu’à la réorganisation des rapports sociaux de sexe en sortie de conflit.

Contact : camille.boutron@irsem.fr

Johanna Möhring est Chercheure au Centre interdisciplinaire d’études sur le nucléaire et la stratégie (CIENS), Ecole Nationale Supérieure, et chercheure associée au Centre Thucydide. Elle travaille sur les coopérations en matière de défense en Europe, et sur les stratégies de puissance au 21e siècle. Elle co-anime la section « Puissance militaire au 21e siècle » de l’AEGES. Elle est également présidente de Women In International Security (WIIS) France.

Contact : johanna.mohring@ens.psl.eu

 

Membres :

Camille Boutron, IRSEM

Delphine-Deschaux-Dutard, Université Grenoble-Alpes

Okan Germiyanoglu, Université de Lille

Sonia Le Gouriellec, Université Catholique de Lille

Johanna Möhring, CIENS-ENS

Lydie Thollot, Université Jean Moulin Lyon 3

Clara de Raigniac, Université Paris III Sorbonne Nouvelle

Camille Trotoux, IRSEM

Claude Weber, St-Cyr Coëtquidan

  1. Bibliographie

Ayelet, Harel-Shalev, Shir Daphna-Tekoah, Breaking the binaries in security studies, 2020.

Baechler, Jean et Marion Trévisi (dir.), La guerre et les femmes, Paris, Hermann, 2019.

Bethke Elshtain, Jane, Women and War, with a new epilogue, [1987], Chicago, University Of Chicago Press, 1995.

Boutron, Camille, Femmes en armes : itinéraires de combattantes au Pérou (1980 – 2009), Presses Universitaires de Rennes, 2019.

Cabanes, Bruno (dir.), Une histoire de la guerre, 2018.

Cassidy, Jennifer, Gender and Diplomacy. Theory and Practice, Routledge, 2017.

Enloe, Cynthia, “Flick of the skirt: a feminist challenge to IR’s coherent narrative ». International Political Sociology. 10 (4), 2016.

Mckenzie, Megan, Beyond the band of brothers, 2015.

Monjaret, Anne et Catherine Ciccheli-Pugeault (dirs.), Le sexe de l’enquête : approches sociologiques et anthropologiques, Lyon, ENS Éditions, coll. « Sociétés, Espaces, Temps », 2014.

Niklasson, Birgitta. « The Gendered Networking of Diplomats », The Hague Journal of Diplomacy 15.1-2: 13-42.

Sjoberg, Laura, Gendering Global Conflict: Toward a Feminist Theory of War, New York, Columbia Press, 2013

Tickner, Ann, « Feminist responses to international security studies », Peace Review , Volume 16, 2004 – Issue 1.

Weber, Claude (dir.), Les femmes militaires, Presses Universitaires de Rennes, 2015.

[1]   Voy. par exemple Londoño, Luz María, “La corporalidad de las guerreras: una mirada sobre las mujeres combatientes desde el cuerpo y el lenguaje”, Revista de estudios sociales 21 (2005): 67-74.