Projet scientifique

Qu’est-ce que la guerre ? Comment penser la guerre à partir des multiples expériences humaines qui traversent le temps et l’espace ? Clausewitz explique dans sa préface à De la Guerre :

« À première vue, on ne trouvera dans cet exposé aucun système, et au lieu d’une méthode d’enseignement définitive, on n’y découvrira que des matériaux rassemblés. Son côté scientifique réside dans la volonté de scruter l’essence des phénomènes de guerre, de montrer leur lien avec la nature de la chose. L’auteur ne s’est jamais dérobé aux conclusions philosophiques ; mais lorsqu’il a vu le fil s’amincir exagérément, il a préféré le rompre et le rattacher aux phénomènes qui correspondent à l’expérience. »

L’objectif de recherche de ce groupe de travail est de dessiner une conceptualité de la guerre au-delà des évolutions historiques du fait guerrier ou belliqueux. Il s’agit de saisir les systèmes de pensée (au travers de leur histoire) sans exclure les expériences (qui se déclinent au pluriel dans l’espace) ; il s’agit d’étudier les manières de penser la guerre (notamment selon différentes disciplines) et de dégager le sens qu’elle peut prendre dans cette production de connaissance. À l’opposé du confort que procure l’opposition entre l’« expérience » et « le concept de guerre lui-même comme point de repère extérieur », on cherchera à évaluer l’importance épistémologique de la guerre pour la pensée en même temps que l’on étudiera les conditions mêmes de l’intégration du concept de guerre dans toute pensée possible. La réticence de la philosophie politique à penser la guerre sera un point de départ critique.

Ainsi l’articulation de cette recherche est fondamentalement pluridisciplinaire. Elle s’inscrit dans le champ de la pensée (selon un axe généalogique) et interroge le paradigme de la guerre dans le champ de la philosophie, entre autres disciplines. Il faudra revenir ainsi autant à une anthropologie philosophique qu’à une pensée politique au sens large, points de départ pour une analyse qui « remonte » vers un noyau conceptuel qu’il convient de confronter, dans une analyse qui « descend », aux expériences.

De façon transverse à ce balayage « montant » et « descendant », il s’agit également de s’interroger sur les représentations de la guerre (les fictions en littérature, peinture, cinéma, etc.), représentations brouillant la distinction entre système de pensée et expérience, entre concept et image, entre particulier et universel. Les perceptions de la guerre seront envisagées comme élément de compréhension.

Les travaux de ce groupe de travail feront l’objet de séminaires annuels avec conférences et journées d’étude autour d’un programme défini par les membres de l’AEGES qui souhaiteront s’y investir.

Le premier séminaire s’intéressera au thème : «  » et proposera des séances de travaux en paléoanthropologie, en anthropologie, sur la théorie de René Girard, ainsi que sur l’état de nature en philosophie. Une incursion dans la représentation d’une barbarie de la guerre en arts complètera la réflexion.

Activités 2018

Mise en place du séminaire, cycle « Peut-on parler de guerre première ? »

La première séance a été l’occasion d’approfondir la rencontre que nous avions organisée lors du premier Congrès de l’AEGES. Réunissant le sociologue et anthropologue Rémy Bazenguissa-Ganga (IMAF-EHESS) et le philosophe Nicolas Israël (CPGE, Paris), elle s’est tenue le 2 février 2018, amphithéâtre Louis, École militaire, avec l’aide de l’IRSEM. Le titre de l’intervention de R. Bazenguissa-Ganga était « Sans trois, la vie sociale est toujours possible. Segments et bandes contre l’État », celui de l’intervention de N. Israël était « Une anthropologie du djihadisme ». La séance a été très bien accueillie et a suscité des questions pertinentes.

Responsables de section

Ninon Grangé

Ancienne élève de l’École Normale Supérieure (Ulm), agrégée de philosophie, docteur en philosophie et habilitée à diriger les recherches, Ninon Grangé est Maître de Conférences au département de philosophie de l’université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis, depuis septembre 2005. Elle est membre du LLCP (Laboratoire d’étude sur les Logiques Contemporaines de la Philosophie, EA 4008), associée au CERPHI (Centre d’Étude en Rhétorique, Philosophie et Histoire des Idées, UMR 5037) et membre fondateur du groupe Krisis (qui étudie la pensée internationale de Weimar). Elle est co-responsable du projet ANR « Ni guerre, ni paix » (NI) (C. Moreau de Bellaing et D. Linhardt) et membre fondateur du NCEP (Nouveau Collège d’Études Politiques), université Paris 8-université Paris Ouest-Nanterre-La Défense (Université Paris Lumières). Elle a publié De la guerre civile (Armand Colin, 2009), Oublier la guerre civile ? Stasis, chronique d’une disparition (Vrin-EHESS, 2015), et prépare un ouvrage sur l’état d’exception (Hautes Études, à paraître).

Contact: ninon.grange (@) wanadoo.fr

Ninon Grangé

Audrey Hérisson

Issue de l’École navale (1994), brevetée de l’enseignement militaire supérieur (2010), le capitaine de frégate Audrey Hérisson est officier de l’aéronautique navale. Diplômée de Supaéro (2004), elle s’intéresse depuis quelques années à la philosophie et aux sciences humaines et sociales. Après une licence (2013) et un master (2015) en philosophie, ainsi qu’une licence en anthropologie (2014), elle entame actuellement une thèse de philosophie : « Penser la guerre : Deleuze, Derrida, Foucault et Lyotard » sous la direction de Ninon Grangé. Ses mémoires de master, sous la direction de Christian Lazzeri, Paris 10, portaient sur « La « montée aux extrêmes » chez René Girard : une lecture du concept clausewitzien de la guerre » (2014) et « La guerre chez Michel Foucault. Violence, lutte et pouvoir : un dispositif de guerre pour le gouvernement des hommes ? » (2015). Elle est actuellement cadre-professeur de groupe à l’École de guerre, chargée des modules de formation en méthodologies et en créativité. Elle est membre du comité de lecture de la Revue de la défense nationale.

Contact : audrey.herisson (@) orange.fr